Commentaire : Protégez le multilinguisme dans nos écoles et au sein de nos communautés
Commentaire : Protégez le multilinguisme dans nos écoles et au sein de nos communautés
Alors que le gouvernement fédéral souhaite imposer l’anglais comme unique langue officielle (English only), la législation voudrait s’assurer que toutes les familles new-yorkaises puissent rester intégrées.
Écrit par Tamara Alsace and Rachel Duff
13 juin 2025
Des enfants d’une classe maternelle bilingue à l’Albany International Academy déjeunent le 18 octobre 2024.
Will Waldron/Times Union
Le 30 avril, et pour la quinzième année consécutive, les écoles publiques de Buffalo et le Hispanic Heritage Council de l’ouest de l’État de New York ont célébré El Día del Niño (la « Journée de l’Enfant »). À cette occasion, des membres du conseil ont été invités dans une école bilingue afin de lire des histoires aux élèves, en espagnol et en anglais.
Dans une classe de maternelle bilingue, où l’on apprend l’anglais et l’espagnol côte à côte, les enfants pouvaient poser des questions et réagir lors de la lecture des histoires bilingues. Cette journée s’est terminée en récitant la célèbre comptine pour enfants « colorín, colorado, este cuento se ha acabado », autrement dit « l’histoire touche à sa fin ».
En tant qu’éducatrices, nous espérons que ces merveilleuses histoires n’auront pas de fin. Ce ne sera malheureusement pas le cas si les orientations anti-pluralistes de l’administration de Trump finissent par s’imposer dans l'État de New York.
Le premier décret du président Donald Trump a établi l’anglais comme langue officielle des États-Unis. Il a également abrogé un décret de l’an 2000, mis en place par Bill Clinton, qui obligeait les agences fédérales ainsi que les bénéficiaires de fonds fédéraux à fournir une assistance linguistique minimale aux individus ne possédant pas l’anglais comme langue maternelle.
Le mouvement « English Only », très influent dans les années 1920, puis dans les années 1980, revient en force, et ce sont nos enfants qui subiront les effets de cette xénophobie.
Le décret de Trump déclarant l’anglais comme langue officielle du pays n’est pas seulement une décision politique, il s’agit d’un message désignant ceux considérés comme de « véritables Américains ». Nos enfants vont écouter ce message, et l’assimiler. Les parents qui ne parlent pas anglais risquent d’être mis de côté, entraînant une véritable rupture au sein de notre système éducatif.
Le décret de Trump, associé au durcissement des politiques migratoires et à une rhétorique anti-immigrés, a renforcé le climat d’incertitude dans de nombreuses communautés à travers le pays, en particulier pour les familles dont les enfants vont à l’école publique. À New York, plusieurs districts scolaires ont noté une hausse de l’absentéisme pour les élèves multilingues, par peur que les familles soient arrêtées, puis déportées.
Mais New York a désormais l’opportunité de réaffirmer son engagement envers le multilinguisme et la diversité de notre État, en adoptant la résolution « English Plus ».
Le concept de « English Plus », déjà adopté par de nombreux États, repose sur l’idée que l’acquisition de la langue anglaise devrait être encouragée en parallèle d’un développement et d’un maintien des autres langues parlées par les New-Yorkais. Il affirme que le multilinguisme est un atout précieux, pour les individus comme pour la société, qui améliore la compétitivité mondiale, promeut la compréhension interculturelle, et renforce la participation démocratique. De plus, il reconnaît que les services du gouvernement, de l’éducation, de la santé et de la sécurité publique sont plus accessibles et efficaces lorsqu’ils sont disponibles en plusieurs langues.
La législation new-yorkaise a toujours été en faveur du multilinguisme et de l’équité éducative. Certaines lois éducatives de l’État encore en vigueur proposent une modeste protection pour les élèves apprenant l’anglais. Par exemple, la loi requiert la mise à disposition d’un enseignement bilingue lorsqu’au moins 20 élèves parlant la même langue sont dans une même classe au sein d’un district.
Les lois fédérales exigent toujours des échanges significatifs avec les familles (c’est-à-dire dans une langue qu’elles comprennent). Mais comme nous le constatons actuellement, au niveau fédéral tout peut rapidement changer. La diversité linguistique des élèves new-yorkais demande une plus grande implication.
La loi de 2022 sur l’accès linguistique, de Kathy Hochul, oblige toutes les agences de l’État qui interagissent avec un public à proposer un service d'interprétation pour la prestation de leurs services ou avantages. Cela inclut les écoles publiques.
Mais renforcer l’accès à nos langues dans ce climat national d’hostilité face aux communautés multilingues est primordial.
Ces dernières années, les projets de loi du Sénat se sont retrouvés bloqués à l’Assemblée. L’un d’entre eux obligerait les différents districts scolaires à mettre en place des plans d’accès linguistique afin de communiquer avec les parents. Ce projet de loi, appelé « Educational Equity Act », ne demande pas seulement aux districts d’avoir un plan, mais aussi d’être responsables de leurs conseils scolaires et de leurs municipalités via un mécanisme de compte rendu annuel. Il est temps pour les législateurs d’agir pour adopter ce projet.
Nous invitons les branches exécutives et législatives de New York à doubler d’efforts pour soutenir nos élèves. Il est temps de dire aux 30 % des New-Yorkais (soit environ 5,8 millions de personnes) qui parlent une deuxième langue à la maison que nous les valorisons.
Et assurons-nous que, dans les années à venir, lors de la célébration del Día del Niño, il y aura toujours des classes comme celle que nous avons décrite, où les langues anglaise et espagnole (mais aussi arabe, birmane et bien d’autres) cohabitent côte à côte, dans l’objectif de former des élèves bilingues. La diversité linguistique est une ressource naturelle que New York ne peut pas se permettre de perdre.
Tamara Alsace est enquêtrice associée pour l’Initiative sur l’immigration et l’éducation de la CUNY et a été présidente de l’Association de l’État de New York pour l’éducation bilingue. Rachel Duff, enseignante bilingue, est chercheuse de projet pour la même initiative.